LYON

 

La Renaissance entre deux rives

 

 

Lundi 13 juillet 2015

De la rue Saint Jean à la rue Mercière

Après avoir trouvé une place de parking rue Tramassac, notre promenade commence sur la plus ancienne place de Lyon, près de la primatiale Saint-Jean-Baptiste.

La fontaine, elle, date de 1844. On peut admirer, en toile de fond, la magnifique basilique de Fourvière que je viens de faire découvrir à Nadine.

La marquise de Sévigné, sur la route de Grignan, s’arrêtait dans cette noble maison du 37, rue Saint-Jean.    

Cette demeure était celle du chamarier, l’intendant chargé de collecter les impôts et d’assurer le maintien de l’ordre public et qui détenait les clefs des portes des fortifications de la ville. Le chanoine-comte François d’Estaing la fit bâtir vers 1498, avant qu’il ne devienne évêque de Rodez.

Puits de Philibert de l’Orme dans la cour de la maison du Chamarier.

La destruction de nombreux immeubles de la rue de la Bombarde permit de rendre plus visibles les galeries sur trois niveaux de la maison dite des Avocats. Une confrérie de juristes s’était installée ici en 1406.

Le petit square nommé place de la Basoche en souvenir de l’auberge de la Croix d’Or où logeaient des marchands et des étrangers venus pour les foires qui se situait vraisemblablement à l’emplacement de la sculpture du lion.

Remontons la rue de la Bombarde pour nous engager dans la rue du Boeuf…

… et nous faufilez, par la Longue Traboule, au n° 27.

La traboule – du latin transambulare, c’est-à-dire traverser – est une petite ruelle pittoresque de l’urbanisme lyonnais, héritée du Moyen-Age. Et celle-ci, comme son nom l’indique, est la plus longue. Elle relie le 27, rue du Bœuf au 54, rue Saint-Jean en traversant quatre immeubles différents par une succession de petites cours.

Il suffit donc de pousser les portes, en particulier le matin avant 11 heures, quand la plupart des digicodes sont désactivés. Le vieux Lyon étant habité, le silence et la discrétion sont recommandés !

Une cour dans la Longue Traboule.   

Nous voici dans la rue principale du Vieux-Lyon, la rue Saint-Jean, ne pas oublier de lever la tête : les façades sont magnifiques.

Petite pause-déjeuner dans un petit bouchon.

Les « Bouchons » sont des restaurants typiques fait de simplicité et de convivialité, de nourritures généreuses et de vins en pot (Beaujolais ou Côtes du Rhône). L’on y mange des spécialités, dont les quenelles, la salade lyonnaise et la cervelle de canut.

Depuis 1997, l’Association de défense des bouchons lyonnais décerne un label nommé « Authentiques bouchons lyonnais », afin d’identifier les établissements considérés parmi les plus typiques et les plus anciens35. Les détenteurs du label se distinguent par un autocollant représentant Gnafron, un verre de vin à la main, symbole lyonnais du plaisir de la table, et une nappe à carreaux. Ils sont actuellement une vingtaine de restaurants à posséder cette griffe emblématique.

Gâteau de foie et quenelles. C’était le plat que je faisais à toutes mes convives lorsque j’habitais la région lyonnaise, je vais m’y remettre, j'en connais une qui va être contente !!!!

C’est ici que la densité des bouchons du quartier est la plus importante.

Maisons de commerce du XVIe siècle, imbriquées les unes dans les autres, un escalier à vis extérieur dessert à la fois le corps du bâtiment sur rue et celui sur cour. Banquiers et commerçants pouvaient cohabiter ici avec les artisans. Certains, comme les magistrats, tenaient toutefois leurs distances vis-à-vis de la roture…

La rue du Bœuf doit son nom à la statue qui se trouve à l’angle avec

la place Neuve-Saint-Jean… même s’il s’agit d’un taureau.

L’œuvre représenterait l’emblème des Torelli de Ferrare… à moins que ce ne soit une enseigne inspirée de la fête des merveilles qui se déroulait au Moyen-Age sur l’ancien pont du Change et pendant laquelle on jetait dans la Saône, un taureau vivant qu’il fallait repêcher en aval.

Dans le jardin attenant, on peut découvrir à droite, la magnifique cour de la maison à l’enseigne de l’Outarde d’Or.

De même, on ne sait quasiment rien des énigmatiques médaillons-portraits du 22, rue du Bœuf, juste en face. Peut-être sont-ils les effigies des anciens propriétaires de cette maison de commerce, aujourd’hui devenue l’hôtel de la Tour-Rose ?

On s’engage sur la droite jusqu’au remarquable portail du 16 rue du Bœuf.

La maison du Crible, du nom du notable chargé de prélever les impôts qui l’habita au XVIè siècle, est une des plus belles demeures du vieux Lyon.

Il faut entrer pour admirer la monumentale tour rose.

Au fond de la cour, une porte est frappée d’une étrange inscription « Institut des sciences clavologiques ». Nous ne sommes pas en présence d’une confrérie médiévale, mais de l’ordre du clou, fondé en 1950, pour promouvoir l’humour et le parler lyonnais… dans lequel on peut s’égarer aussi facilement que dans les traboules !

Plus loin, la place du petit Collège, juste avant le l’hôtel de Gadagne, l’une des plus riche demeures du quartier qui abrite maintenant un musée qui présente l’hisoire de Lyon.

Ne lisait pas Paulette, mais « Poulette »…

La montée du Change.

 

Contournons le musée et empruntons la rue de la loge et la rue Juiverie

La maison Dugas, dite « maison aux Lions », se reconnaît aux mufles qui couronnent les boisages du rez-de-chaussée. L’histoire de cette demeure, construite au début du XVIè siècle, demeure mystérieuse. La légende veut qu’un diamant, rapporté par des juifs qui tenaient commerce dans cette rue, ait été caché derrière une des têtes. Or ceux-ci furent expulsés en 1379, bien avant que la maison ne soit construite… Mais ce n’est pas la seule zone d’ombre de la rue Juiverie. Nostradamus, qui publia ses prophéties à Lyon en 1555, y aurait vécu.

Admirable maison de commerce du début du XVIè siècle, d’allure très italienne.

Entre les n°16 et 18, l’étrange ruelle Punaise s’élance à l’assaut de la colline. Cet ancien égout à ciel ouvert daterait du Moyen-Age.

Enfin, on peut observer que toute la rue est semée d’une trentaine de blasons accrochés comme des enseignes : ce sont ceux des échevins, représentant les principaux métiers, qui dirigeaient la municipalité avec le prévôt des marchands sous l’Ancien Régime. Mais ils n’ont pas l’ancienneté qu’ils prétendent, ils ont été réalisés il y a peu avec le concours de la ville et du Crédit foncier de France !    

Pénétrons au 8, rue Juiverie. Passons la première cour, qui n’a d’autre intérêt que son charme pittoresque,

Ici se cache l’un des joyaux du Vieux-Lyon, classé Monument Historique, la galerie Bullioud.

Chef-d’œuvre de la Renaissance lyonnaise, cette galerie de communication est le vestige d’un hôtel particulier, édifiée en 1536 par Philibert de l’Orme, lyonnais âgé de 26 ans, fils de maçon appelé à devenir le grand architecte de la renaissance.

Place Saint-Paul

A hauteur de la rue François Vernay, Arrêtons-nous au n° 2, une plaque précise que « Laurent Mourguet vécut et joua ici de 1795 à 1832 ». Cet arracheur de dents est plus connu comme le créateur de Guignol. C’est pour détourner ses patients de la douleur qu’il imagina de les distraire avec  les farces de son héros, entouré de Madelon, son épouse, de Gnafron et de Toinon, de Flageolet, le gendarme, ou de Madame Quiquenet, la concierge.

Guignol conserve encore presque intact le parler local. Le maire Justin Godart disait en 1909, que l’âme lyonnaise « s’était logée dans une poupée de bois ».

Entrons au 10, rue Lainerie, l’escalier à limon déplacé, souvent appelé "escalier sans noyau", classé monument historique, témoigne du talent et de l’audace des maîtres maçons de la Renaissance.

Un peu plus loin – n° 14 – une autre belle demeure, réalisée en 1516 dans un style gothique flamboyant, est l’œuvre d’un maître-maçon de Bourg-en-Bresse, Claude Debourg, qui fortune faite, fut élevé au rang de consul de la ville. Au-dessus de la porte, le blason incliné à gauche indique que la famille a participé aux croisades.


Continuons la rue Lainerie jusqu'à la place du Change.

Bien que la création de la Bourse de Lyon soit attestée dès 1540, la première loge au change ne date que de 1653. Auparavant, les affaires étaient essentiellement traitées au coin de cette place. Le bâtiment que l’on découvre, (mais qui est malheureusement en restauration) a été renconstruit en 1748 par Jacques-Germain Soufflot, qui s’est inspiré de la loge municipale de Brescia.

Nous nous retrouvons de nouveau rue Saint-Jean il existe bien une traboule au n° 8, mais comme les portes sont closes après 11 heures, nous irons boire un café place du Gouvernement.

Gagnons la place de la Baleine, en continuant notre chemin dans la rue Saint-Jean afin de regagner le quai Romain-Rolland.

Traversons la Saône par le pont Maréchal-Juin.

Ce pont en béton un peu trop massif aurait dû se trouver prolongé par une large avenue jusqu’à Fourvière, laquelle aurait éventré au passage le vieux Lyon. Le projet du maire Louis Pradel n’eut heureusement pas de suite, mais les pelleteuses ont quand même emporté une partie de la rue Mercière et de ses maisons Renaissance, remplacées par des immeubles neufs à gauche du pont.

A la décharge de l’élu, rappelons que, avant les campagnes de restauration, les vieilles maisons et les cours que nous admirons aujourd’hui étaient des taudis crasseux, sans eau courante.

Là mon téléphone s’éteint, ce sera ma dernière photo…


Dirigeons-nous maintenant vers la rue Mercière en empruntant la dernière traboule du « passage des imprimeurs » au 26 du quai Saint-Antoine. Quant à la rue Mercière (c’est-à-dire « marchande »), les commerces qu’on y pratiquait étaient essentiellement ceux de la prostitution.

Nous revenons par la passerelle du Palais de Justice.

Un peu de fraicheur en passant au milieu de petits jets d’eau.


La boucle est bouclée.










Merci au guide du promeneur de Lyon de Nicolas Jacquet, sans qui nous n’aurions pas pousser certaines portes.